Boy George
Taboo (DRG, 2004)
par Tony Esposito Ceci est l'album de la comédie musicale version Broadway (US) produite par Rosie O'Donnell. Comme nous n'avons pas tous eu la chance de voir ce spectacle (ou l'original de Grande-Bretagne), comprendre l'histoire ne s'avère pas facile.
La version originale (UK) raconte, dans les années 80, l'histoire de Billy, en fugue, qui découvre le monde des bars alternatifs comme le Taboo, peuplé d'êtres particuliers comme Philip Sallon, Marilyn et Boy George. Cependant, dans le version US, aucune trace de Billy. Mais beaucoup des autres personnages...
Par curiosité, j'ai relu l'autobiographie de Boy George, Take it Like A Man, pour voir si des détails concordaient, pour découvrir que la trame que l'on peut deviner dans ce cd n'est pas toujours conforme à la réalité.
On nous offre 21 chansons, partagées entre 9 chanteurs principaux (+ les choeurs). Et quelles chansons!!!
On pénètre dans le monde de Taboo par une pièce typiquement broadwayesque (Freak/Ode to Attention Seekers) par Raùl Esparza (jouant Philip Sallon). Puis c'est l'entrée de George (interprété par Euan Morton) avec la poignante Strangers in This World. Je me suis senti ramené à la fin de mon adolescence avec mes propres questionnements, mon sentiment d'isolement, comme le vent de transition entre un passé étouffant et un avenir plein de promesses et de craintes qui souffle sur la gare du Smalltown Boy de Jimmy Somerville/Bronski Beat.
Ayant déjà écrit et chanté certaines chansons sur son entourage, Boy George a tout simplement récupéré certaines de celles-ci et les a incorporées dans le spectacle. C'est le cas de Genocide Peroxide, originellement de l'album Cheapness and Beauty, interprétée ici par Jeffrey Carlson jouant Marilyn. Cette nouvelle version prend encore plus de sens avec la voix rauque/rock de Jeffrey, donnant immédiatement un ton au personnage. Sa voix s'harmonise très bien avec celle de Euan dans le duo comique de Guttersnipe, sur les rêves de gloire des deux amis.
Pour l'envol vers le succès de Boy George, Do you Really Want to Hurt Me, Church of the Poison Mind et Karma Chamelon sont réinterprétées par Euan. A propos de Karma Chamelon, un commentaire du personnage de Leigh Bowery (interprété par Boy George ici désigné par son nom complet George O'Dowd) est hilarant: "That's a dreadful song, it will never go anywhere."
Pour illustrer clairement les années 80, deux pièces sont utilisées: Dressed to Kill aux rythmes synthétisés où le texte nous indique l'importance du look des 80ards, puis Everything Taboo dance music post-disco.
Les ballades ne manquent pas: en plus de Stranger in This World, il y a Pretty Lies par Euan, encore sur la confusion et la solitude; Love is a Question Mark, annonçant les deux duos amoureux (George/Marcus et Leigh/Nicola). Puis il y a la magnifique Talk Amongst Yourselves par Liz McCartney, regard sur une vie gaspillée. Deux cris déchirants: I See Through You par Cary Shields (interprétant Marcus) et Petrified par Raùl.
Les trois pièces de conclusion ont des tons différents. Le quintet (Euan, Jeffrey, Cary, Raùl et George) Out of Fashion ramène les thèmes musicaux des pièces précédentes dans un apothéose sur la fin, fin d'un style de vie, fin de relation amoureuse, fin d'une époque. Notez que Boy George avait endisqué une version plus dépouillée et solo sur son album de 2002, You Can Never B2 Straight. La reprise de Il Adore, originellement de l'album Cheapness and Beauty, sur la maladie et la mort liées au sida est magnifiquement interprétée par Sarah Uriarte Berry (dans son personnage de Nicola). Puis on finit complètement avec une chanson d'espoir un peu bonbon, Come on in From the Outside.
L'ensemble est puissant, charmant, touchant et probablement plus troublant pour ceux et celles qui ont connu pleinement les années 80, ses bars et sa musique. Des petits liens de famille avec d'autres comédies musicales à succès sont inévitables. Sexual Confusion rappelle Rent, tandis que la nouvelle version de Ich Bin Kunst (originellement de l'album You Can Never B2 Straight, et d'ailleurs moins lugubre alors) a des échos de The Producers.
Un magnifique album, démontrant que Boy George/George O'Dowd possède encore une force musicale indéniable. Il n'est pas nécessaire d'avoir vu le spectacle pour en profiter. Et pour celles et ceux qui l'ont vu, ce doit être un plaisir supplémentaire.
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