Dracula - Entre l'amour et la mort
La Beauté du Mal
par Tony Esposito
Bruno Pelletier n'en est pas à sa première comédie musicale: entre autres La Légende de Jimmy, Starmania, Notre-Dame-de-Paris. Donc, de gros canons. Cependant Dracula - Entre l'amour et la mort est son premier projet personnel d'envergure (à ma connaissance). Roger Tabra se charge des paroles tandis que Simon Leclerc compose la musique. Bruno est partout. Et surtout en voix.
Les textes sont très "punchés" avec des références sexuelles explicites si nécessaires ou romantiques (pensez au premier extrait Mina, interprété par Sylvain Cossette).
Côté musique, ma première réaction fut de la trouver cliché avec des emprunts et des influences évidentes (voulus ou non). Je pense au petit carillon final à la Walt Disney, la chanson d'émancipation du personage de Lucy m'a rappelé Yentl de Barbra Streisand, Étranges étrangers m'a fait resortir l'album For the Masses hommage à Depeche Mode où on retrouve Master and Servant version lounge par Locust. Il y a des violons classiques ici, une facture rock gothique là. Puis je me suis rappelé que premièrement c'est une comédie musicale et deuxièment le sujet un classique: Dracula n'est pas un sujet des plus faciles à rajeunir.
La puissance est un terme qui définit beaucoup et souvent les performances de ce cd. Bruno Pelletier en Dracula va du désarroi à la grandiloquence, tout en restant juste. Sylvain Cossette - Jonathan - vient faire la contrebalance par sa voix plus haute, comme en témoigne l'essoufflant duo L'amour au deux visages où Dracula et Jonathan demande à la femme prise entre les deux, Mina interprétée par Andrée Watters, de choisir. Moi, vocalement, je ne peux pas choisir.
Andrée Watters a le double rôle de Elhemina/Mina, reine des vampires d'une époque et militante environnementaliste dans l'autre. Elle sait rocker quelle que soit l'époque. Gabrielle Destroismaisons est Lucy, amie de Mina et fille du chasseur de vampires Van Helsing interprété par Pierre Flynn. Si Destroismaisons est une agréable surprise (le duo avec Bruno, Étranges étrangers est une de mes pièces préférées), Pierre Flynn semble un peu à part. Sa chanson Pourquoi est celle (et la seule) que je saute souvent.
Daniel Boucher aurait pu être un choix étonnant pour une comédie musicale, mais son rôle d'amoureux désespéré semble avoir été taillé pour lui. Son solo L'armée des ombres déconcerte au début mais gagne rapidement des gallons parmi une sélection de chansons pourtant fascinantes.
Un des beaux cadeaux du disque est le trio Pelletier-Cossette-Boucher Nous sommes qui nous sommes sur la violence des hommes. Trois voix différentes, trois forces qui se marient magnifiquement. Note: parmi les atrocités historiques, bravo à Tabra d'avoir ajouter les tueries dont les homosexuels ont été (et sont toujours) l'objet.
Parlant de trio, il y a les trois vampiresses, rôles mineurs, interprétées par Brigitte Marchand, Rita Tabbakh et Elyzabeth Diaga qui n'ont qu'une chanson, Avance, mais quel plaisir. Très sexuelle, la pièce un peu dance rappelle le groupe Toulouse à son meilleur. Et c'est un compliment.
Les 13 chansons du cd ne sont qu'une portion de l'ensemble du spectacle. Je vous conseille fortement soit de voir le spectacle si encore à l'affiche, soit de profiter du cd dans vos oreilles, soit de contempler l'ensemble sur le dvd à venir. Ou les trois.
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