Nicole Brossard

photo: Raoul

Journal Intime suivi de Oeuvre de chair et Métonymies

par Emmanuella St-Denis

Hier, il s'est agi de refaire le monde comme aujourd'hui d'ailleurs.

Nicole Brossard /
Journal Intime

Nicole Brossard: Poète, romancière et essayiste féministe, elle a publié son premier livre en 1965. Auteure de
Amantes, Le Désert mauve, Le Centre blanc, La Partie pour le tout. Son plus récent roman est Baroque d'Aube.

Après la lecture de
Journal intime suivi de Oeuvre de chair et Métonymies, je suis restée des heures devant l'écran blanc de mon ordinateur, comme s'il n'y avait de mots suffisant, assez puissant pour exprimer mon sentiment sur le livre. Je pensais aux images, aux mots, à Nicole Brossard et à ses autres livres que j'avais lus et je me disais qu'au fond, il n'y avait rien à raconter sur un tel livre. Il fallait le lire. Puis, petit à petit, des mots me sont venus, des idées éparpillées, des émotions surtout.

Fragments. Spasmes de vie, Antonymes guerriers. Fracas. Désir inlassable, enlacé.
Journal Intime, comme le questionnement de nos existences. Qui est Nicole Brossard? Journal intime, comme une délivrance du temps, une tempête dans nos têtes. Des heures, des jours, des mois, des lieux. Le temps sans fin. Réalité suréelle. Fragile intimité. Le temps fixé à jamais. Fragilité intime. Qui est Nicole Brossard?

Journal. Pourquoi? Pour qui? L'indéchiffrable.

Ce qui me fascine chez Nicole Brossard, c'est qu'à chaque instant, elle sait me dérouter. Elle sait me toucher de cette façon si simple, si inattendue que chaque fois, je ne suis pas certaine de ce qui me touche. C'est cette capacité qu'elle a de vous plantez les mots en plein coeur comme une sorte de coup de poing sur la gueule. Elle est de celles qui me donnent envie de crier que je suis femme.

Journal intime et Oeuvre de chair et métonymies sont deux textes plutôt différents de par leur forme et leur contenu mais il y a ce non-dit qui les rapproche et donne l'impression que l'écriture n'est plus un simple moyen de communication de la pensée mais qu'elle est plutôt la pensée elle-même, la ligne de vie de l'auteure.

Journal intime, fragments de l'âme, questionnement de l'individu, de l'amour, de l'écriture, voyage autour du monde, à l'intérieur des personnages. Vous ne pouvez pas ne pas apprécier un tel dévoilement, si poétique et si accablant par moment. Ce sont ces questionnements qui nous rapproche malgré la distance du temps, des générations. Et puis on ne peut pas ne pas être touché par ces instants si banals qui unissent l'humanité.

J'ai reçu ta carte postale mon amour et je l'ai relue et relue. C'est fou cette dépendance que j'ai à l'égard de chaque mot écrit par toi. De la plus banale remarque à la moindre ellipse, chaque lettre tracée par toi justifie mon fétichisme de la carte postale.

Oeuvre de chair et métonymies, plus structuré de par sa forme mais qui ne me touche pas moins. C'est le rôle de la mère qui est ici questionné. Il y a la distance de la mère et de la fille de par leur éloignement physique, de par la distance des langues. J'ai pensé que moi aussi, je pourrais être mère, j'ai pensé à toute l'importance qu'ont les mères et j'ai pensé à Nicole Brossard comme fille, comme mère et à la fragilité de ces liens.

Ce qu'il y a avec les livres de Nicole Brossard, c'est qu'on est jamais satisfait à la première lecture. Je sais que je le lirai et relirai plusieurs fois, parce qu'il y a cet atmosphère insaisissable, ce vent d'émotions encore incomprises et toutes ces questions sans réponses. Je sais que je me souviendrai. J'ai repris je à la vie.

Brossard, Nicole. Journal Intime et Oeuvre de chair et métonymies, Éd. Les Herbes rouges, 1998.




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