Jean-Paul Daoust
111, Wooster Street
Le chant du serpent
par Tony Esposito
Le titre de ce recueil de poésie
du poète dandy provient de l'adresse du studio du Québec à New
York, où vont, selon le gré du Conseil des Arts, les artistes d'ici.
Daoust y résida de mars à août 1994. Ce séjour
colore l'ensemble du recueil, soit directement par des descriptions de la vie new
yorkaise, soit plus subtilement par l'emploi de l'anglais ou par des images liées
à la grosse pomme.
Le recueil se propose en trois partie inégales: la section 111, Wooster
Street, suite de 21 poèmes au visage new yorkais, poèmes presque
tous dédiés à des ami-e-s d'ici et d'ailleurs, comme des cartes
postales.
«Dans la marina de tes jeans
À la perspective très Winter Garden
Sur l'asphalte du crépuscule
En l'honneur de l'extase
Les arbres sortent leurs crayons feutres
(...) »
Winter Garden (dédié à Jean Vallier)
La seconde et plus longue partie s'intitule Gay Games. 48 morceaux sur les
jeux de l'amour homosexuel (et non sur les olympiques gais!).
«Quand il est entré dans le bar de gars
Les gars se sont tous retournés
Pour mieux le voir entrer
Comme on modère sur l'autoroute
Pour zyeuter un accident
(...) »
L'Apparition
Finalement, une dernière section, Épilogue, d'un seul poème,
La semaine où ILS disparurent, qui relate le vide qu'il adviendrait
à notre monde si tous les gais et lesbiennes de tous les temps disparaissaient,
emmenant avec eux le fruit de leur travail ici-bas.
Le recueil est inégal, avec des pièces magnifiques et d'autres plutôt
minces en qualité. Les spécificités de la poésie de Daoust
sont présentes, parfois avec bonheur, mais aussi avec un certain agacement.
Le lyrisme de ses désirs peut être grandiose ou répétitif.
« (...)
Le visage de l'un
Les yeux de l'autre
La bouche d'un autre
les dents de cet autre
Les lèvres de celui-là
Les cheveux de celui-ci
(...)
Montage
À chaque page tournée, on se demande si on aura droit au ciel ou à
l'enfer; très peu d'entre deux. On aime ou n'aime pas. Une histoire d'amour
en montagnes russes d'où le poète sort quand même victorieux.
Parce qu'on relit encore et encore les lignes qui nous ont séduites.
«(...)
Il ne sait plus comment offrir sinon s'offrir
Pour mettre la main sur le poison triste
(....)
Le poison de l'Ange
Daoust, Jean-Paul. 111,
Wooster Street: poésie. VLB éditeur, 1996, 145 p.