Laurent De Graeve

Les Orchidées du bel Édouard

Éloge de la manipulation

par Tony Esposito

Laurent De Graeve, jeune écrivain belge, a voulu mettre en scène quatre personnages de la trempe de la Comtesse de Merteuil, illustre personnage des Liaisons dangereuses de Laclos.
Nous retrouvons donc Édouard, riche jeune homosexuel blasé et manipulateur qui invite à dîner ses amis. Trois répondent à l'appel: William, pianiste de renommée et ancien amant d'Édouard, Élisabeth, l'éternelle complice et Antoine, le nouveau venu dans le cercle, nouvel objet de désir d'Édouard.
Antoine est timide et fragile. Du moins le semble-t-il. Alors Édouard aiguise sa panoplie de séduction afin d'arriver à ce qu'il connaît comme une loi: avoir ce qu'il veut.
Mais le désir d'Édouard éveille un sentiment chez William qui entre dans la chasse à Antoine. Élisabeth, quant à elle, a ses propres buts, ce qui l'amène à s'allier à la fois avec Édouard et William tout en protégeant/utilisant Antoine.
Pendant une soirée, les quatre protagonistes se confrontent, se séduisent, se battent. Une lutte sans merci est engagée où l'enjeu est insignifiant. Ce qui compte, c'est la lutte, la manipulation. Sortir victorieux de ces chassés-croisés, de ces conversations. Poser les gestes parfaits au bon moment. Dire les bons mots à l'instant approprié. Garder l'attention sur soi. Gagner encore et toujours.
Mais comment peut-il y avoir quatre gagnants?
L'écriture de
De Graeve est impeccable et riche. Les descriptions sont généreuses, le vocabulaire est recherché. Ceci confère au roman encore plus de désuétude, nous amène encore plus profondément dans le monde superficiel et désabusé d'Édouard et ses amis.
La lutte entre les personnages est fascinante. L'auteur a su conserver la force de son inspiration, l'œuvre de
Laclos, tout en faisant un roman différent et dynamique. On s'attache à chacun des personnages et on les déteste tous. Séduisants égoïstes, orateurs spécialisés, ils nous charment par leur répartie et leur fiel mielleux, nous émeuvent par leur drame et leur solitude, nous agressent par leur égocentricisme outrancier.
Probablement que ces sentiments divers sont dus à notre propre reflet mis en lumière. Donc, en fait, le lecteur confronte également sa propre force de manipulation, ses fantasmes de pouvoir, ses envies malignes. Mais quelle délicieuse psychothérapie!


De Graeve, Laurent. Les Orchidées du bel Édouard, Éd. du Rocher, 1996, 246 p.




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