Marc Drouin
i
Cri de détresse ou de surprise? par Denis Gauthier
article paru originellement dans Orientations, sous une autre forme Marc Drouin récidive avec une autre comédie musicale; «i», musique de François Dompierre. Est-il le maître incontesté du genre au Québec ou bien est-il le seul qui ose en faire? Il y a eu bien sûr Demain matin, Montréal m'attend de Michel Tremblay et François Dompierre, La Course au Bonheur de Marcel Lefebvre et Paul Baillargeon et d'autres, mais... Je tombai en amour avec le style de Marc Drouin en voyant François Perdu, Hollywood P.Q., au Quat'Sous, il y a plusieurs années. Souvenir merveilleux d'un spectacle où, pour la première fois, je vis du mouvement, du rêve, du jeu et du chant dans un même spectacle. Quelle joie, quel bonheur, que de beauté. Je fus ébloui et conquis. Il paraît que ce spectacle était d'une platitude et d'un ennui mortel. Pas pour moi, car il me fit découvrir un monde en devenir (noir). J'aime le style de Drouin; parler du malheur et de la déchéance avec une touche omniprésente d'humour glaciale et niaiseuse qui me rappelle constamment un texte que j'ai écrit dans ma jeunesse et que je me permet de vous donner ici. «La vie, c'est un tas de marde que l'on a peinturluré en rose et que l'on a parfumé pour se faire croire qu'elle est belle et qu'elle sent bon.» Bon maintenant que je me suis ouvert le cœur, parlons du spectacle qui nous préoccupe. Je m'étais fait dire que ça serait platte et ennuyant, que ça n'arrivait pas à la cheville de Pied de Poule, etc. Faut dire que la bande-annonce de la télé n'aidait pas beaucoup. C'est donc avec un certain recul que je me rendis à ce spectacle. Première déception: soir de première avec tout le gratin artistique de Montréal: critiques, acteurs, chanteurs, danseurs, radios, télés... Genre de public qui n'est pas fiable, ils font semblant de tout... Bon, mais là n'est pas mon propos, revenons au show. Projection du titre sur le rideau, très beau, avec le cri du titre. Bon ça commence! Oh! Le beau décor, Oh! Les beaux personnages. Hi que la musique est belle. Hiiii! Que cé le fun c'te show-là! L'histoire: Janine (France Castel), femme de banlieue s'ennuie et son mari Daniel (Normand Lévesque), homme richissime, fait rajouter à sa demeure des pièces pour que sa femme les inaugure en faisant des partiiis. Tom Tim ou Jeff (Jean Petitclerc), critique, gigolo et sans-le-sou est le seul invité réel de ce party. Daniel oblige Tim Tom ou Jeff à fuir avec Janine, sa femme, avant minuit, sinon il le tuera.
Première partie très amusante et haute en couleurs, en mouvements, en chants, en danses. France Castel, personnage de Janine, meilleure que jamais et qui poursuit une carrière des plus belles et des plus enviables du showbusiness québécois, m'a fait continuellement penser, moins la voix, au personnage de Stella Spotlight incarné par Patsy Gallant dans la nouvelle version de Starmania. Maudit qué bonne France Castel, d'un style musical à l'autre. On y croit; quel beau personnage! Découverte importante d'un comédien vraiment talentueux: JEAN MAHEUX. Son personnage de majordome, ex-acteur, ami de Janine, qui ne parle que par citation et qui, en deuxième partie, nous fait une scène des plus merveilleuses vaut à lui seul le déplacement. À souligner aussi, le petit pooddle fuchsia, Mademoiselle Louise, incarné par Élisabeth Lenormand. Je ne la connaissais pas mais quelle voix! À surveiller de très près, cette jolie demoiselle. Les autres comédiens sont ordines. Les beaux petits danseurs évoluent dans des chorégraphies qui n'ont rien de surprenant mais avec quelques sauts de gymnastique qui ne feraient pas pâlir Nadia Commaneci de jalousie, mais qui agrémente bien le spectacle. Fin de la première partie avec un blues de Janine. Vivement la deuxième partie! Hiiii! que j'aime ça! Entracte. Retour avec Mademoiselle Louise qui nous chante dramatiquement «i» sous tous les tons, créant ou réinstallant le suspense. Puis le rideaux s'ouvre. Que se passe-t-il: la deuxième partie est moins intéressante que le début, on sent un essoufflement de l'auteur, un besoin de remplissage, la deuxième partie est beaucoup moins enlevante. Heureusement que le majordome est là pour nous faire sa scène de la scène et, comme tout bon spectacle québécois, la fin comporte des choix à faire et les personnages choisissent une fin... réaliste. À voir! et pourquoi pas à revoir. Vivement le disque. Mais attention ce n'est pas un deuxième Pied de Poule. RETOUR À LA PAGE PRINCIPALE