Requiem gai de Vincent Lauzon par Tony Esposito, article originellement paru dans Lurelu. 1998 Serge, dix-huit ans, est amoureux de Geneviève. Il est heureux. Mais, en rencontrant les amis de Geneviève, quelque chose d'inatendu survient. Il devient amoureux à nouveau. Encore plus fort. Et Geneviève est remplacée par François. Serge est confus. Il aime un autre homme. Et cela implique des choix, des responsabilités, des conflits. À chaque fois qu'un nouveau livre québécois pour jeune public traite d'homosexualité, on se rapproche d'un texte qui soit honnête et positif. Requiem gai n'est pas encore ce livre, mais il est probablement l'avant-livre attendu. Le roman de Vincent Lauzon est très cérébral. Il contient beaucoup d'informations, de théories de défense, de démolition de clichés sur l'homosexualité. Pour un adulte, c'est intéressant. Mais on peut se demander si un jeune lecteur ne s'ennuiera pas. L'action est très limitée, tout est en réflexion, débat et discours. Ce qui coupe également sur la présence du désir et son actualisation. L'autre point majeur décevant est la fin abrupte du roman où Serge, apeuré, renonce à son amour. Malgré la note de l'auteur prônant plus de courage que son personnage, la dernière étape n'a pas été franchie: le livre se referme sur une négation. On aimerait savoir ce qui arrive à Serge après la dernière page. Va-t-il, comme beaucoup d'adolescents homosexuels, se suicider à cause des pressions qu'il vit? Va-t-il faire semblant pendant des années et, à trente ans, ramasser des hommes dans les parcs, malgré le siège de bébé installé sur la banquette arrière de sa voiture? Va-t-il devenir un homophobe enragé, violent et dangereux? On ne sait pas. Mais si on se fie au réalisme du roman, un de ces futurs est le lot de Serge. Vincent Lauzon
Requiem gai
Éd. Pierre Tisseyre, coll. Faubourg St-Rock # 25, 1998, 192 p
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