Le Trésor de Brion de Jean Lemieux Roméo et Julien des Iles
par Tony Esposito Rêvant de chasses au trésor, Guillaume obtient enfin une piste le jour où il découvre une croix au fond des eaux des Iles-de-la-Madeleine. Il entraine son meilleur ami, Jean-Denis, et sa dulcinée, Aude, dans une course où se mêlent Histoire, énigme et danger.
Ce livre est à conseiller que vous soyez adolescent ou adulte, homme ou femme, gai ou hétéro. L'histoire est bien développée, crédible, entrainante et dynamique. Elle contient, au milieu de la chasse au trésor, des moments importants sur les relations familiales, sociales, amoureuses et sexuelles faisant basculer nos trois héros hors de l'enfance dans le monde des adultes.
L'angle gai est mince, mais essentiel à l'histoire. Le trésor, c'est le butin du pirate Ratcliffe: pierres précieuses, doublons, etc. ainsi que le calice de Beaubassin, pièce historique. Mais il y a aussi l'autre coffre, celui qui contient les registres de l'Abbé Donnegan et ses lettres d'amour à Henry Ratcliffe.
Isolés dans la paix sauvage de Brion, les trois amis, émus, se laissèrent envahir par les images du passé. Henry Ratcliffe, le pirate de Boston, ne leur apparaissait plus sous un jour si sombre. Ils pouvaient imaginer que cet homme si étrange, bandit, poète et astronome, était une âme écorchée qui avait cherché sur la mer la liberté que lui refusait la société puritaine de la Nouvelle-Angleterre. Ils pouvaient imaginer que William Donnegan, le jeune abbé irlandais qui lisait du Shakespeare, avait trouvé plaisir, isolé au milieu des pêcheurs, à converser avec un homme cultivé. Le reste était une cruauté du destin...
L'abbé était déchiré entre son amour et son sacerdoce et évitait Ratcliffe. Peut-être pour forcer Donnegan à le revoir, Ratcliffe avait pris les registres et le calice. L'Histoire ne dit rien de plus, mais on imagine les mois et les années de tourment qui ont suivi leur passion et dont seules les lettres et quelques inscriptions codées témoignent.
La réaction des trois jeunes gens est remarquable. Le drame des deux amants les touche sincèrement. Cependant leur décision finale est discutable. Aude exprime à Guillaume qu'elle croirait trahir les amants en rendant les lettres publiques. Guillaume la laisse décider et elle jette les lettres, une par une, à la mer, dans un geste solonel.
C'est noble, d'accord. Mais pourquoi ne pas plutôt avoir libéré la mémoire des amants, leur donner une grandeur et un héroïsme que des générations de gais et même d'hétéros pourraient admirer et tenir en exemple? Pourquoi taire l'amour de Donnegan et de Ratcliffe? Est-ce parce que Aude et Guillaume sont hétérosexuels et ne peuvent pas voir le support et l'inspiration que de telles révélations offriraient?
Même si le solide roman n'en avait pas besoin pour être agréable et intelligent, Jean Lemieux a osé, un peu timidement et sans grand danger, la carte gaie. Merci Jean. Jean Lemieux LE TRÉSOR DE BRION Éd. Québec Amérique, coll. Titan +, 1995, 300 p
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