Rock LaRue

HOMni-pourquoi: Homophobique

Réalisation: Rock de rue

Si Dubois, Charlebois, puis De Larochelière ont subi les foudres des militants gais québécois, leur crime est bénin comparativement à l'homophobie, la vulgarité et l'ignorance de Rock LaRue. En 1993, le premier (et dernier?) album de ce rocker s'installe sur les tablettes et une chanson tourne à la radio. Sur le disque Rock de Rue, deux chansons retiennent notre attention: une de caractère peu recherchée sur la prostitution de travesti (Travesti) et une carrément homophobe sur le village gai et ses usagers (Les Cafés de tapettes).

«Elle tend le bras sur le coin des rues
Quand une auto s'arrête elle dit on continue
Immédiatement le coin tourné
Son pantalon s'est détaché
Et elle n'attend que l'érection
Pour lui enfiler un condom
Le mec y a pas l'temps d'se parker
Que la capote est usagée
Elle lui dit tu me dois vingt dollars
Encaisse le fric, sort de son char
Le pigeon s'en est retourné chez lui
Sans se douter que c'était un travesti
(...)
Cette façon de se déhancher
Pour attirer l'client elle s'habille toute sexy
Et elle se prend pour Marlyn [sic] Monroe
À travers la vitre de ton auto
Après s'être fait trois quatre clients
Elle va manger au restaurant
Pendant qu'la serveuse lui sert son café
Elle est dans toilettes en train de s'crinquer [sic]
(...)
Y'en a pour qui ça va plus loin
Ils s'la font couper ils se font pousser des seins
Une fois la transformation opérée
Ils virent lesbiennes pis ils veulent des bébés
Mais y a des fois où c'est dangereux
Quand l'gars s'aperçoit qu'la fille a une queue
A peut manger tout [sic] une volée
Est ben mieux d'sortir pis d'se dépêcher
(...)»

Même si cette chanson peut décrire correctement l'expérience d'un prostitué travesti, elle véhicule des clichés et présente une attitude plutôt agressive envers le travesti. C'est le client qui est la victime, et s'il devient agresseur, il a une bonne raison. On ne sous-entend même pas qu'il existe une clientèle qui recherche des prostitués travestis. Bien entendu, la drogue est au rendez-vous (le crinquage «dans toilettes»). L'équation travesti-transsexuel est rapidement établie. Remarquons, à la décharge de LaRue, qu'il féminise la plupart du temps dans la chanson, ce qui est un des souhaits les plus fréquents des travestis, féminisation qui disparaît étonnamment lorsqu'il aborde le transssexualisme, alors que cet état est encore plus féminin que le travestisme.

«Les cafés des tapettes poussent à l'est
Comme des champignons
Ils se font tous coquettes
Pour avoir l'air plus con
La bouche en trou de suce
Ils marchent les fesses serrées
Pis ça fait dur en crisse
Quand y'envahissent un quartier
Quartier gai!

Y's'font griller à poil
Dans les parcs pour enfants
Ils ont de beaux apparts
Pour plaire à leur maman
Ils promènent leur puddle [sic]
La main dans la main
A fair [sic] des gueules de fif
À leur petit copain
Gang de serins!

Ils ont des garde-robes
Tout c'qu'il y a de plus flyé
De beaux vêtements en cuir
Des sous-vêtements sexy
Malgré leur artifices
Ils ont l'air tout pogné
Le paquet bien en vue
Dans leur petites shorts coupées
Quartier gai! »

On peut y compter les insultes et les clichés à la douzaine. La généralisation et surtout la violence de cette chanson en font LA chanson homophobe de l'histoire de la chanson québécoise. Ce qui est étonnant, c'est qu'au milieu des années 1990, une compagnie de disques connue (Disques Double), une agence de promotion réputée (Alain Martineau) et toutes les personnes impliquées dans la réalisation et mise en marché d'un disque aient laissé passer une telle chanson.


par Tony Esposito


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