Mario Cyr

L'Éternité serait-elle un long rêve cochon? / Retire ta main

par Tony Esposito

Il était prévisible que la littérature de cette fin de siècle soit envahie par des histoires de sida; l'épidémie a fait (et fait encore) trop de ravages, trop de victimes pour passer inaperçue dans les arts de création et d'expression. Et, comme tout sujet de l'heure, on y voit le pire comme le meilleur.
Retire ta main (paru en première édition sous le titre L'éternité serait-elle un long rêve cochon?) de Mario Cyr, aux premiers abords, ne séduit pas. La première édition, avec sa couverture vaguement nouvelâgiste, un titre qui laisse croire à une histoire plus salace que philosophique et l'extrait du quatrième de couverture semblait vouloir confirmer cette impression de roman "cheap", peut-être même vulgaire et sensationaliste...
Alors, quand on commence à lire, on est surpris. Très surpris. On s'attache au personnage. On a hâte d'en savoir plus. On rit, on s'émeut. On sourit, on est triste. Le roman nous mène à travers la vie du protagoniste, nous dévoile ses secrets, nous livre ses amours, nous partage ses joies et frustrations. Et on se sent concernés, impliqués. On fait partie de ses amis, de sa famille. Parfois, au virage d'une phrase, on sait qu'on était là, à côté de lui, dans le même bar, sur la même rue, avec des préoccupations semblables, recherche de liberté, d'amour et de compréhension.
Et le sida, là-dedans? Juste l'emmerdeur de service. Mario Cyr ne profite pas de la maladie pour écrire un drame existentiel. Il signe un roman actuel, léger et frais, avec un décor qui aurait pu prêter au pathos, à la lourdeur. Cyr aurait pu faire une immense prière cérémonieuse à la mort et à la douleur, mais il a choisi de célébrer la vie et la simplicité. Ce qui explique la réédition avec son titre original. En espérant que les gens lisent...

Cyr, Mario. L'éternité serait-elle un long rêve cochon?, Éd. de Mortagne, 1997, 379 p.

Cyr, Mario. Retire ta main, Éd. Les Intouchables (réédition avec titre original), coll. Bristol, 2002, 333 p.

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