Mario Cyr
Et les mouettes tournoient obstinément
au-dessus de nos corps
par Denis Gauthier
L’enfance, la
désillusion,l’amour, la solitude dans la foule...
La poésie
du malheur
Le soleil
dans la nuit
L’oasis
dans le désert
La beauté dans la merde
Voilà ce que ce roman de Mario Cyr nous inspire.
L’histoire d’une enfant qui découvre à huit ans les désirs que
les hommes ont pour les femmes. Elle connaît l’amour des hommes par la sodomie
que lui fait son Oncle. Ils sont surpris par le père qui ne dit rien mais
qui, après avoir défloré sa fille, en fait une prostituée
qui satisfait les perversions des mâles attirés par la jeunesse. D’un
client à l’autre, séquestrée dans sa chambre par ses parents,
cette enfant assouvit tous les membres se présentant à elle jusqu'à...
l’arrivée d’un homme que le cancer a défiguré. Il ne la prend
point, mais lui fait connaître la douceur, la bonté, la douleur de vivre.
Ils partagent la même maladie: le cancer. Lui physique, elle moral. Un mal
qui gruge tout sournoisement, malicieusement. Elle en tombe amoureuse et décide
de fuir pour le retrouver dans la ville. Elle ère dans la ville à sa
recherche, rencontre une fille qui l’aide, mais qui lui apprend aussi que la vie
à l’extérieur n'est pas mieux. Puis, après une bagarre, elle
retrouve son prince à l’urgence. Ils partagent leur passion et décident
de vivre jusqu'au bout de leur cancer.
Tous les ingrédients de la recette du succès sont là: l’héroïne,
les méchants, le prince charmant, l'intrigue amoureuse d’un roman à
4 sous, les décors d’une ville de rêve, la maladie...
Loin des contes de fées traditionnels, le roman de Mario Cyr se rapproche
plus d’une histoire qui pourrait être vraie. La société est tellement
sale qu’on ne sait plus en lisant ce roman si c’est une histoire vraie ou bien si
tout est inventé. C’est tellement près de la réalité
qu’on en vient à douter de la bonté des gens qui nous entourent. On
a l’impression de connaître tous les personnages de ce récit. Nos voisins???
Nos parents???
Ça fait mal à lire, mais c’est tellement bon qu’on finit par se demander
si on n’est pas un peu voyeur, sado, maso ou sado-maso. Le malheur des uns fait-il
vraiement le bonheur des autres?
Cyr, Mario. Et les
mouettes tournoient obstinément au-dessus de nos corps, roman, Éditions
Les Intouchables, 2000, 119 p.