Star Académie
Star Académie 2005
(Musicor/Prod. J/Select, 2005)
Avec le temps
par Tony Esposito
Cette fois-ci, on a gardé le concept de l'an précédant: 14 pièces individuelles et la chanson-thème de groupe. Semblablement, 3 compositions de Stéphane Laporte et 12 reprises francophones (incluant 2 françaises cette année et une acadienne).
Mais contrairement aux deux dernières années, le disque ne semble pas présenter une version "avant" les cours de l'Académie mais une qualité déjà supérieure (ou est-ce que la cuvée 2005 est meilleure en studio que celles des deux années précédantes?).
À la première écoute, seules deux chansons plaisent immédiatement: Alors regarde de Patrick Bruel, justement interprétée par Jennifer Silencieux, et Évangéline de Michel Conte chantée magnifiquement par Annie Blanchard. Certaines autres pièces soulèvent un intérêt, mais on n'est pas sûr si on aime ou pas. On se questionne: quelle est notre attente face à ce disque?
Aux écoutes suivantes, ça passe mieux, le pied bouge, l'oreille se tend plus souvent, on fredonne, on écoute, on est content de l'ensemble. On sourit du Lit vert de Plume Latraverse interprété par Marc Angers le maintenant rouquin célèbre, on se déhanche avec David Tremblay et Tout le bonheur du monde de Sinsemilia, on pose sa tête sur le coussin de la chanson de Robert Charlebois/Réjean Ducharme Tendresse et amitié joliement chantée par Bruno Labrie, on apprécie l'exceptionnelle voix grave de Steve Provost sur Si tu voulais de Pagliaro, on se déchire avec Stéphanie Bédard et Que veux-tu que je te dise? de Jean-Pierre Ferland (pourtant, il y en a eu des versions de celle-là!!! voir notre article sur JP), tout comme avec Audrey Gagnon et le N'importe quoi d'Éric Lapointe. Même Kaven Haché, pas très performant durant les galas télévisés, se défend très bien avec la composition écologiste de Laporte, Le Chant du cygne.
Malgré une voix forte et bien placée, l'interprétation de Marc-André Fortin de Tu m'aimes-tu de Richard Desjardins est trop dramatique; il y a quelque chose qui se perd dans cette histoire d'amour que Marc-André présente presque comme un cauchemar, au lieu de l'émerveillement à la femme allongée près de lui que Desjardins y a placé.
Quelques clichés qui passent quand même: l'Acadienne Annie chante l'Acadienne Évangéline, la maman Linda Rocheleau chante +, composition de Laporte sur le thème d'une relation... mère-enfant. La chanson sur les problèmes mondiaux et surtout d'Afrique, Alors Regarde, est donné à la seule Noire, Jennifer. Note: cette version a conservée son interlocutrice clairement féminine. Cependant, le "si on est deux" n'est pas nécessairement amoureux. Dommage, ça aurait été la première chanson à connations gaies chez Star Académie...
Viens danser de Serge Fiori chantée par Francis Greffard, + par Linda et Je suis la femme de ta vie, autre composition de Laporte, rendue par Valérie Boivin ne sont ni mauvaises ni remarquables. On aime quand même. Un seul son de cloche faible: Si j'étais un homme de Diane Tell par Jenny Hachey : ca ne décolle pas.
Soulignons que parfois, le bon parlé prôné par les professeurs de l'Académie s'applique mal à certaines chansons. Francisé le joual de Desjardins ne passe pas très bien: "j'dois z'être le vrai portrait..." au lieu du "j'dois t'être..." original sonne bizarre. À moins de faire comme Marc dans la pièce de Plume et d'en rire :"L'hiver pour moé/L'hiver pour moi...".
Et la chanson thème... OK, on comprend que Prod. J voulait célébrer Claude Léveillée, mais L'Étoile d'Amérique n'était pas le meilleur choix pour Star Académie. Les deux thèmes précédants (Et c'est pas fini et Un nouveau jour va se lever) parlaient de renouveau, de rêves d'avenir, de métaphores facilement applicables à la réalité de l'aventure des académiciens. Pas L'Étoile d'Amérique.
Contrairement aux années précédantes, l'abum n'a été disponible que vers la fin du concours sans qu'une des chansons individuelles atterrisse à la radio et influence les votes. Les pièces des finalistes n'étant pas très radiophoniques, nous étions curieux du choix qui se ferait. Et c'est Lit Vert par Marc qui roule maintenant sur nos ondes, à temps pour les premières neiges.
Un autre album témoignage d'un nouveau souffle, d'une reconnaissance historique de la culture québécoise et de sa musique, un autre recueil d'espoirs et de rêves. On verra qui sera encore là dans 10 ans. La plupart, on le souhaite.
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