Tori Amos
Under The Pink


par Guillaume Lesage

article paru originalement in Homosapiens No.5, vol.1, Mars 1994


Il y a de ces disques dont on ne se lasse pas et dans lesquels on découvre un nouveau détail à chaque écoute. C’est le cas pour les albums de Tori Amos. Trois ans se sont écoulés depuis Little Earthquakes et ça n’a presque pas paru. Maintenant, Amos récidive avec un nouvel album intitulé Under the Pink et c’est pour le mieux.
Dans ce deuxième album, la jeune auteure-compositeure-interprète (pianiste) a encore recours à ces petits excès de rage en plein milieu de ses chansons pourtant généralement calmes. Mais, cette fois, les arrangements sont plus sobres, laissant une plus grande place au piano.
Under the Pink est un album qui, à la première écoute, peut sembler rébarbatif. Ce sentiment est en grande part alimenté par le non-conformisme des sons. On peut avoir l’impression que ces derniers dérapent. C’est notamment le cas de la guitare électrique de God. Si l’on s’attarde aux paroles, on s’aperçoit alors que cette chanson traite de l’effondrement d’une société patriarcale (la nôtre!), d’où la recherche d’un élément sonore incontrôlable.
Fait intéressant chez
Amos, elle n’a pas peur d’aborder des sujets tabous dans ses textes. Sur Little Earthquakes, la chanson Me and a Gun traitant du viol. Suivant la même ligne directrice, Amos nous offre maintenant une chanson, Icicle, sur la masturbation féminine. Et le texte n’est pas des plus suggestifs!
Getting off/Getting off/While they’re all downstairs/Singing prayers/Sing away/He’s in my pumpkin P.J.’s
Notons que
Tori Amos est la fille d’un pasteur méthodiste… Tirez-en vos propres conclusions!
Mais avant tout, ce qui fait le charme de ce nouvel album, c’est la sensualité dont sont empreintes toutes les chansons et qui est constamment brisée par une soudaine colère où l’on sent la jeune femme se défouler sur son instrument, mais tout en restant harmonieuse.
Under the Pink est décidément un album qu’il faut à tout prix inclure dans sa discothèque car il est rare d’entendre et de sentir une telle complémentarité entre les textes et la musique. Si bien, qu’il devient difficile de déterminer si ce sont les paroles qui servent la musique ou l’inverse.



RETOUR À LA PAGE PRINCIPALE